Cette série, "Décréation" est constituée de 16 photographies en argentique noir et blanc, prises entre fin avril et début juin 2021 pendant une expérience intense de vie communautaire (une parenthèse de vie où on se désaxe, pour et avec les autres.) La vie en communauté soulève de nombreuses questions (quelle place pour l'individu dans une collectivité ? Comment se fondre dans l'ensemble sans se perdre?…) ces questions sont vastes. Accepter les défaites, les petites morsures du quotidien - rester en éveil… Trouver une place juste et saine dans un collectif est un jeu d'équilibriste, passionnant mais difficile. Pendant cette parenthèse particulière, la photographie a été pour moi une aide, une fenêtre, qui me permettait de refaire mes forces, dans la campagne, de me retrouver, de faire le vide, de faire silence, avant de retrouver la sociabilité. Ces images ont pour moi ce sens et ce goût-là. Elles sont les traces d'instants de retraite, en suspend. C'est aussi ce que j'aime dans le geste de la photographie ; l'accès à une forme de silence intérieur. Pourquoi ce titre? Dans un recueil de pensées de la philosophe Simone Weil - "la pesanteur et la grâce" un chapitre porte ce titre-là : "Décréation". il s'agit d'une exhortation à "accepter le vide en soi", car c’est seulement dans le vide qu'on peut espérer trouver quelque chose de vrai ; en se détachant des « imaginations combleuses de vide ». C'est une pensée et une exigence de vie fascinante, tranchante et presque hors d'atteinte. "aimer la vérité signifie supporter le vide, et par suite accepter la mort". C'est trop grand pour moi, mais j'aime garder cela à l'esprit.
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